Lettre ouverte à Monsieur Jeffrey Preston Bezos, PDG d’Amazon

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Livre en AmazonieIl n’existe rien au monde que je ne déteste plus que la domination exercée par une personne sur une autre personne, un animal, l’environnement. La prise de pouvoir conduit à toutes les dérives que nous connaissons : maltraitance, torture, spoliation de territoire, pillage des ressources, etc. Elle peut revêtir, aussi, des formes moins graves mais tout aussi inacceptables. C’est ce que j’ai ressenti en lisant ce bouquin, la domination écrasante du patron d’Amazon qui va jusqu’à faire badger des chèvres qui broutent aux abords d’un entrepôt japonais (nom, photo, code-barres autour du cou des chèvres; ça laisse songeur…).

L’esprit bouillonnant de colère en découvrant les pratiques managériales abjectes de cette multinationale, j’ai donc écrit cette lettre ouverte dès la dernière page refermée du livre « En Amazonie – Infiltré dans le meilleur des mondes » écrit en 2013 par Jean-Baptiste Malet. Ce journaliste, désireux d’interviewer des collaborateurs à Montélimar mais constatant leur refus de lui parler et le refus d’Amazon de le recevoir, s’est fait engager comme intérimaire durant les fêtes de Noël 2012 dans l’entrepôt logistique de Montélimar (36’000 m2) afin de découvrir ce que cachait le sourire orange du logo de la firme. La plupart des faits rapportés ici sont tirés de son livre, d’autres d’un article paru en novembre 2013 dans le Monde diplomatique. Ils concernent cependant l’ensemble des entrepôts, peu importe leur position géographique. La bêtise n’a pas de frontières…

Avec tout mon soutien amical aux milliers de femmes et d’hommes à travers le monde, contraints de travailler, pour un temps ou pour plus longtemps, chez Amazon…en attendant d’être remplacés par des robots (à la suite du rachat par Amazon en 2012 de la société de robotique Kiva Systems).

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WORK HARD – HAVE FUN – MAKE HISTORY
(travaille dur, prends du bon temps, écris l’histoire)

Devise d’Amazon, répétée à l’envi dans les lieux de pause, sur des bracelets, etc.

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« Salut Jeffrey,

Qu’est-ce que j’apprends ? T’es malade ou quoi ? Tu cèdes à une douzaine d’ouvriers qui se mettent en grève pour réclamer l’allumage du chauffage dans leur entrepôt ? Mais le froid, ça conserve ! Et puis franchement, pourquoi tu commandes des ambulances à proximité d’un entrepôt fait de tôle, sans fenêtres, sans climatisation, sans aération, quand l’été la température frise les 40° ? Pour parer à tout malaise, ce qui arrive de temps en temps ? Bah, y’a qu’à les allonger entre la collection complète de Oui-Oui et le dernier roman de Barbara Cartland, un peu de culture leur fera les pieds, à tes ouvriers ! Tiens, en parlant de pieds, paraît que les pickeurs (les personnes qui vont chercher les articles dans les rayons) se plaignent de parcourir au minimum 20 km par jour/nuit. Le sport, ç’est bon pour la santé !!! Méfie toi Jeffounet, t’as ton petit cœur qui se ramollit.

Mais bon, là où je te reconnais bien, c’est dans cette stratégie pernicieuse que tu as mise en place, tour à tour paternaliste et humiliante. Tu dois bien savoir ce que tu as inventé pour rendre tes collaborateurs hébétés de fatigue, les soumettre à une pression de productivité sans cesse croissante, les maintenir dans la peur de perdre leur job ; une petite piqûre de rappel te fera cependant du bien. Donc, en gros et de manière non exhaustive, voici comment ça fonctionne chez toi :

  • se garer en marche arrière sans dépasser les lignes, au 2ème avertissement c’est la fourrière ; ça, ça te formate direct Amazon, avant même d’avoir mis le pied sur le lieu de travail. Bravo !
  • placer la pointeuse loin des lieux de pauses et des portiques d’entrée/sortie, allez hop ça te fait économiser plein de ronds sur les salaires. Ils se plaignent de voir leur pause réduite de 20 minutes contractuelles à 5 minutes effectives à cause de la distance à parcourir ? J’te jure, quel bande d’ingrats !
  • venir travailler déguisé en ceci ou cela, selon le thème choisi par le manager ? C’est rigolo ça.
  • offrir du pop-corn à tous les collaborateurs. Miam, ils en ont de la chance.
  • interdire aux pickeurs de reculer avec leur chariot. Je ne comprends pas bien quelle est ton intention précise mais bon, tu as sûrement une mauvaise raison pour avoir mis cela en place.

Tout de même, tu ne flirtes pas un peu avec l’illégalité quand :

  • tu fais fouiller systématiquement les collaborateurs aux portiques de sortie ? Remarque, t’as raison, des fois qu’un se tirerait avec l’Encyclopédie Universalis en 30 volumes.
  • contractuellement, tu obliges les collaborateurs au secret le plus strict alors que le Code du travail français permet de s’exprimer librement ?
  • tu encourages les collaborateurs à « signaler des anomalies », en d’autres termes à jouer les balances pour dénoncer, souvent, d’aussi graves méfaits que discuter avec un collègue ?
  • tu verses des salaires au taux horaire de quelques centimes inférieur au smic ?
  • tu contrains un syndicaliste à rester assis durant 6 heures, parce qu’il refusait des fouilles arbitraires en raison de son statut ?
  • tu surveilles en permanence les pickeurs et les packeurs (les personnes qui emballent la marchandise) en les traçant via leur scan wifi et en lâchant sur eux les leads (les contremaîtres) pour les contraindre à augmenter toujours plus leur productivité jusqu’à l’épuisement physique et moral ?
  • tu envoies ces données, hors de tout contrôle, à ton siège de Seattle ?
  • tu pratiques une concurrence déloyale, au mépris des lois françaises qui interdisent une remise supérieure à 5% sur le prix des livres ?  Mais c’était sans compter sur ta rouerie. Pour contourner cela, tu proposes la livraison gratuite. Tu te fais épingler parce que cette prestation est assimilée à une remise déguisée. Qu’à cela ne tienne ! Tu inventes donc la livraison à 0.01 ct d’euro.
  • tu loges des intérimaires venus de toute l’Europe dans des conditions précaires, dans des containers parfois sans chauffage ? Mais dis, t’as pas un problème avec le chauffage, Jeff ?
  • tu te débrouilles pour vendre quand même les livres d’auteurs qui ne veulent pas passer par Amazon, dont celui, ironie du sort, de Jean-Baptiste Malet ? Tu ne leur envoies quand même pas des tueurs à gage ?

J’ai tout de même été déçue de ne pas trouver sur ton site, qui se vante de tout vendre, du mouche-bébé au motoculteur, des collaborateurs à acheter. Tu les transformes déjà en objet, alors pourquoi ne pas en faire une marchandise supplémentaire à vendre ?

Tu as essuyé des pertes financières en 2014, en raison de tes investissements massifs dans d’autres entreprises. Un petit conseil amical : pourquoi tu ne tenterais pas une partie fine avec Donald Trumpette, histoire de lui soutirer quelques bezos….heu pesos? Enfin bon, tu fais comme tu veux mais fais gaffe quand même avec tes projets mégalos, car « la grenouille s’enfla si bien qu’elle creva* ».

Bon allez, j’te laisse Jeffounet, j’ai une bafouille à écrire au PDG de Zalando ».

Nathalie Pappini
Prilly – Suisse

*Fable de Jean de la Fontaine « la Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf »

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Pour aller plus loin

L’ambition démesurée de Monsieur Preston Bezos lui a fait choisir un nom de marque commençant par la lettre A, afin d’être le premier dans les listes alphabétiques. Mais pourquoi Amazon ? Parce que Monsieur Preston Bezos considère le fleuve Amazone comme le plus long au monde, espérant ainsi par la pensée magique que sa société devienne également la plus grande…Le sourire orange n’est pas non plus innocent, regardez-le bien, la flèche part de A et finit à Z, sous-entendant par là qu’Amazon vend de tout !
(Source : le Blog du modérateur  et Signification des marques et de leur logo)

Je trouve que Buldozer conviendrait mieux .
« Buldozer – écrase tout sur son passage », pas mal non ?

Le Monde diplomatique – Amazon, l’envers de l’écran

L’Hebdo – La face cachée de Zalando

Une réflexion sur « Lettre ouverte à Monsieur Jeffrey Preston Bezos, PDG d’Amazon »

  1. Bravo Nath! Bien dit! C’est exactement ça.., et dans la même philosophie il y a Zalando qui est aussi une catastrophe.
    Je boycotte les 2 dailleurs …

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