Des perturbateurs endocriniens dans nos tickets de caisse

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Nous ne sommes pas programmés pour être soumis à une multitude de produits chimiques de synthèse et pourtant, c’est notre lot quotidien. Plus de 100’000 substances différentes existent sur le marché européen. Or, seules 30’000 d’entre elles sont évaluées par le programme REACH. Pour les autres, croyons très fort en notre bonne étoile…

Pouvions-nous cependant imaginer qu’un ticket de caisse puisse se révéler toxique pour notre organisme ?

J’ai été interpellée par la mention « sans bisphénol A » la première fois que je l’ai vue. Sans quelque chose signifie souvent avec autre chose. Et donc j’ai mis en action une de mes devises préférées, qui serait attribuée à Lénine : « Aie confiance mais vérifie ».

Ticket sans bisphénol A

Quelques généralités sur le bisphénol A

Le bisphénol A, ou  BPA, est la substance chimique de base du polycarbonate, un plastique très couramment utilisé dans de nombreux objets de notre vie quotidienne : récipients alimentaires et bouteilles en plastique portant le code d’identification dans un triangle 3, 6 ou 7 (le 7 étant le pire, car il regroupe divers plastiquescode-7), CD, vaisselle, téléphones portables, jouets, boîtes de conserve, canettes,…et dans les papiers thermiques, dont les tickets de caisse (le BPA sert de révélateur de couleurs dans ces papiers).

Le BPA a la triste faculté de se libérer, même en doses infimes, en fonction des conditions d’utilisation. Il peut migrer par exemple dans les aliments, plus particulièrement lorsque les contenants alimentaires en plastique sont chauffés, ou passer à travers notre peau, comme c’est le cas avec les tickets de caisse et tous les papiers thermiques.  Cette activité instable en fait un perturbateur endocrinien « capable d’interagir avec le système hormonal et provoquant des effets dommageables pour l’organisme après une exposition à faible concentration. Cette exposition est particulièrement critique lors du développement du fœtus ». Ces effets dommageables s’étendent cependant au-delà du système de reproduction, sur le foie et les reins par exemple.

De nombreux experts s’affrontent autour de la toxicité du BPA et les avis sont divisés, conduisant à une absence de législation uniforme.

Que dit la loi en France ?

La France a choisi d’appliquer le principe de précaution, garde-fou inscrit dans sa Constitution depuis 2005.

Le bisphénol A est interdit dans les biberons depuis le 1er janvier 2013, et dans les bouteilles en plastique, les canettes ou les boîtes de conserve depuis le 1er janvier 2015. Bonne nouvelle…sauf qu’il reste encore bon nombre d’objets d’usage courant qui en contiennent.

Que dit la loi en Suisse ?

A ce jour, le BPA n’est pas interdit en Suisse *. Selon l’Office fédéral de la santé publique, « à des doses élevées, il est toxique pour la reproduction et pour le développement fœtal, alors que la communauté scientifique débat toujours de ses effets à basse concentration. Selon les connaissances actuelles, le BPA ne présente pas de risque pour la santé car l’exposition de la population n’est pas suffisante »

code-7* La Suisse va prochainement interdire l’utilisation du BPA dans les biberons en polycarbonate, pour s’aligner sur d’autres pays.

Que disent d’autres pays, comme l’Australie ou le Japon ?

Tout simplement qu’il faut « également tenir compte de la problématique des alternatives. En effet, il n’existe pas une substance unique pouvant simplement remplacer le BPA pour chacune de ses applications ».

Que dit l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) ?

Des trucs qui flanquent la trouille !

L’EFSA, entre autres, fixe la dose journalière tolérable (DJT), c’est-à-dire « la quantité d’une substance qu’un individu peut théoriquement ingérer quotidiennement pendant toute la durée de sa vie sans risque pour sa santé ».

Or, comme l’a très justement dit Paracelse, c’est « la dose qui fait le poison ». En clair, si nous ne dépassions pas la DJT fixée par l’EFSA pour chacune des substances, sans doute notre santé n’en serait pas affectée. Mais chaque jour et tout au long de notre vie, nous avalons, respirons, mettons sur notre peau, une quantité phénoménale de diverses substances chimiques mélangées, ou « effet cocktail ».

Selon le docteur Laurent Chevallier, chef de l’unité de médecine environnementale de la clinique du Parc à Castelnau-le-Lez (France), en ce qui concerne les perturbateurs endocriniens, dont fait partie le BPA, ce n’est pas la dose qui fait le poison mais le moment de l’exposition.

Les alternatives au BPA

Les résultats des études dont elles font/feront l’objet vont mettre encore de nombreuses années avant d’être publiés, nous laissant donc dans le flou le plus total.

La mention BPA-Free sur un biberon par exemple ne signifie pas l’absence de toute activité hormonale liée aux alternatives choisies.

Par quoi est donc remplacé le bisphénol A dans les tickets de caisse (et reçus de loto, facturettes de cartes bancaires, etc.) ?

L’Office fédéral de la santé publique a commandité en mars 2015 une étude sur les alternatives au BPA dans les papiers thermiques en Suisse et « toutes les analyses confirment qu’une substitution du BPA par du BPS (bisphénol S) ou BPF (bisphénol F) devrait être évitée car ces substances présentent une activité hormonale similaire au BPA ».

Mais alors, que faire ?

Cette liste n’est pas exhaustive et si d’autres idées vous viennent, n’hésitez pas à les ajouter en commentaire de cet article, tout le monde en profitera ainsi.

  • privilégier le plus possible les contenants en verre, matière inerte (bouteille, biberon, vaisselle, bocal, etc.)
  • éviter les boîtes de conserve dont l’intérieur est recouvert d’une résine epoxy, de couleur blanche
  • éviter les canettes de boissons
  • éviter le plus possible les aliments emballés sous plastique, y compris le film alimentaire
  • éviter le plus possible de toucher les papiers thermiques, dont les tickets de caisse…ce qui peut poser un sérieux problème de conscience. A chaque fois que cela est possible, je refuse le reçu que la loi oblige à émettre et je regarde, dépitée, l’hôtesse de caisse le saisir, client après client…
  • privilégier les jouets en bois avec écolabel

Bonne journée !

POUR ALLER PLUS LOIN

En Europe

La Commission européenne du mauvais côté de la barrière !

En Suisse

Toutes les phrases en italique sont issues de ces documents édictés par l’Office fédéral suisse de la santé publique :

Le bisphénol A
2016-bpa-factsheet-f

Alternatives au BPA dans les papiers thermiques
resuma-alternatives-au-bpa-dans-les-papiers-thermiques-2

Les perturbateurs endocriniens
perturbateurs-endocriniens

En France

Publication du Service public
Le bisphénol A

Association Santé Environnement France, deux publications sur le bisphénol S
Substitut dont les effets sont peu connus 
Alternative aussi néfaste que le BPA

N.B.: ces deux publications fournissent les liens vers de nombreuses études.

Programme REACH

Journal de l’environnement
Le bisphénol S

Bon à Savoir
Livre « Poisons quotidiens »

Paracelse

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