Le minerai de viande

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vache-cocon-et-pouleJe suis toujours frappée de l’aisance avec laquelle la plupart des Occidentaux, sitôt fini de cajoler leurs animaux de compagnie, mangent paisiblement un steak, une saucisse ou un gigot. L’animal devient une marchandise et on oublie (trop souvent) qu’avant d’être haché, tranché, saucissonné, il était vivant et sensible…

Mais là où je trouve qu’on grimpe d’un cran dans la déconsidération à son encontre, et que le consommateur lambda ignore, c’est dans l’utilisation que les industriels de la boucherie font de ses ultimes restes : le minerai de viande. On me rétorquera que cela ne change rien in fine, puisque l’animal est mort. Soit. Mais bien au-delà du manque de transparence envers le consommateur et des dérives de l’élevage industriel en général, je ne saurais expliquer pourquoi cette expression me touche à ce point. Je ne peux m’empêcher d’y associer ces images d’animaux affolés, entassés, abattus.

QU’EST-CE QUE LE MINERAI DE VIANDE ?

En 2013, l’affaire des lasagnes « de bœuf » au cheval a jeté un éclairage glacial sur des pratiques obscures et insoupçonnées des consommateurs : transport de la viande en tous sens à travers l’Europe, perte de la traçabilité, maquillage des étiquettes sur le produit fini, cheval vendu au prix du boeuf.

C’est à l’occasion de ce scandale que le minerai de viande est sorti de l’ombre.

Le ministère français de l’agriculture définit le minerai de viande comme « un produit intermédiaire constitué de muscles et de graisse, issu de la découpe des carcasses et du désossage ». 

Ces parties sont broyées, compactées, surgelées puis utilisées pour confectionner des steaks hachés, des lasagnes à la sauce bolognaise, des nuggets de poulet, des saucisses de porc, bref de nombreuses préparations industrielles, y compris bio, sans obligation de le préciser sur l’étiquette.

En Suisse, selon l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires, « la notion de minerai de viande n’est pas réglementée dans le droit alimentaire suisse ». Lordonnance RS 817.022.108 définit les termes de « viande », « préparation de viande », « produit à base de viande » et « viande hachée », ainsi que les règles auxquelles ils sont soumis.

CE QU’ON ECRIT D’AUTRES PERSONNES SUR L’ELEVAGE INDUSTRIEL

maniere-de-voir Agnès Stienne, dans son article « La vache, le steak et le minerai« , écrit : « le concept même d’animal n’a plus cours : on fabrique des saucisses comme on assemble des voitures, à partir de matières premières. Mais une « matière première » vivante et souvent souffrante. De fait, ces animaux, purs résultats de la recherche agronomique, ne sont pas tout à fait ordinaires. Sélection après sélection, ils sont « élaborés » de sorte que le développement de leur masse musculaire soit accéléré et leurs performances reproductrices dopées. En contrepartie, les organes vitaux sont réduits au strict minimum et ne sont plus à même de remplir leurs fonctions ».

se-changer-changer-le-mondeDans le livre « Se changer, changer le monde« , on lit dans le chapitre 1 les données suivantes :  « ….on estime à environ 150 milliards le nombre d’animaux terrestres tués par an pour la consommation humaine. Chaque année, les humains décident donc où, quand et comment ces animaux, après avoir vécu en moyenne 1/60ème de leur potentiel de vie dans des conditions innommables, vont la terminer ». Puis plus loin : « …l’élevage industriel est, après les bâtiments et avant les transports, la deuxième cause d’émissions de gaz à effet de serre… ». Plus loin encore : « …la grande majorité de cette viande est consommée par les pays riches, mais c’est essentiellement sur les terres arables des pays pauvres que l’on cultive les protéines végétales qui serviront à nourrir le bétail… ».

QUELQUES CHIFFRES

  • Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la demande mondiale de produits d’origine animale augmentera de 70 % d’ici à 2050.
  • Selon Swissveg, 2 kg de céréales donnent 1 portion de viande de 90 gr. ou 13 portions de céréales de 150 gr.

POUR ALLER PLUS LOIN

Ministère français de l’agriculture
« Qu’est-ce que le minerai de viande ? »

France TV Info
« Les plats préparés à base de viande : les étiquettes ne disent pas tout ».

Le Monde diplomatique – Revue « Manière de voir » n° 142 (août-septembre 2015)

Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
1er article sur  « L’élevage et l’environnement »
2ème article sur « L’élevage et l’environnement »

Swissveg

Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires
Ordonnance sur les denrées alimentaires d’origine animale

Le livre « Se changer, changer le monde »  dont les initiateurs sont Caroline Lesire et Ilios Kotsou a été écrit par Christophe André, Jon Kabat-Zinn, Pierre Rabhi et Matthieu Ricard.

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